Cela peut paraître paradoxal et même bizarre, mais depuis que je sais
qu'il y a 20% de fasciste en France, je me sens libéré. A tout point de
vue. Musicalement, sexuellement, librement libre.
Un nouveau printemps
fleurit dans ma boîte crânienne, qui ne se contente plus d'être
seulement réceptive. Elle a soudain des envies, des désirs, des
passions, elle se veut olfactive.
Ces peureux à l'indifférence
culturelle ultra développée me poussent au cul et j'ai soudain le besoin
d'écouter, de voir et de dire des inepties d'adolescent. Les fascistes
m'ont rajeuni !
Je me sens libre de mes
mouvements, de mes actes et de mes paroles en société. Je ne me sens
plus comme avant. Avant ? C'était un carcan. J'avais l'impression de
devoir me conformer à ces que les autres pensaient, disaient, faisaient.
J'étais entraîné dans un combat qui n'était pas tout entier le mien.
Une tendance comme on dit.
Mais pas la mienne.
Maintenant que je sais
qu'il y a un quart des français qui votent comme ils veulent, malgré
tout ce que cela peut entraîner, je me sens dans l'obligation de faire
comme eux : gueuler à la face du monde un gros "merde" résonnant.
Et quand on me demande
d'aller voter, je dis non. Non parce que y'en a qui disent oui. Non parce
que y'en a qui votent pour le F.N, pensant ainsi que les voleurs iront
plus vite en prison, que l'insécurité va être courageusement
combattue.
L'insécurité ? Mais si
Le Pen est président, c'est la guerre civile qui éclate, alors l'insécurité...
Et ils ont la mémoire courte ces gens. Ils oublient le nombre de bavures
et le taux de suicide qui avait grimpé en flèche lorsque Pasqua
(fasciste modéré) était ministre de l'intérieur.
Il faut les comprendre
cela dit. Disons qu'on peut assez facilement comprendre les honnêtes gens
qui se souviennent -eux- des ravages du fascisme comme celui de
communisme.
Après tout, ils ont fait
parti du gouvernement, alors pourquoi pas Le Pen président ? Cela paraîtrait
presque logique après tout : le communisme est dilué dans les mouvements
syndicaux et ouvriers. Le communisme n'est plus dangereux, pourquoi les
fascistes le seraient encore ?
En revanche, il est à
noter que des jeunes -qui ne peuvent se souvenir puisqu'ils n'étaient pas
encore nés- ont pris la même décision. Alors, pourquoi ?
Par pure jalousie, par
peur, par vengeance.
Jaloux de ceux qui gagnent
leur vie sans travailler. Peur de l'autre qui est différent et qu'on ne
veut pas comprendre puisque de toute façon il n'est pas chez lui. Vengeur
parce qu'ils se sont fait avoir et que, habitué à être assisté
socialement, ils veulent aussi que ce soit les flics qui règlent leurs
problèmes, tous leurs problèmes.
Or, la jalousie, la peur
et la vengeance sont des sentiments catégorisés comme péjoratifs et négatifs.
Pourtant, malgré cette
volonté antisociale, ces trois mots se transforment en trois phrases,
sortant de la bouche du plus grand transformateur de concept français :
je suis socialement de gauche, économiquement de droite et culturellement
français.
C'est grand, c'est beau,
c'est faux.
Et pourtant, ces gens, ces
20% qui traînent leur haine dans leur cœur, la haine des autres, la
haine de la différence, ils y croient. Ils croient que ce sont des mots
de paix (sécurité) et d'amour (culture française).
Ces personnes sont dans
l'erreur comme dans l'intolérance, et penser que voter Le Pen leur
donnera une plus grande liberté, ça, ça me fait bien rire.
Ils seront aussi libres
que des aveugles qui ne verront que ce que Le Borgne voudra bien leur
monter. Ils seront aussi libres que des cul-de-jatte qui n'iront que là où
Le Pirate à la jambe de bois voudra bien les laisser brouter. Ils seront
aussi libre que des manchots qui ne toucheront que ce que Le Capitaine
Crochet voudra bien leur faire gober.
Alors leur liberté
conditionnée, ils peuvent se la garder, parce que moi, ma liberté
m'imposent de ne rien m'imposer, ma liberté va à l'encontre de l'intolérance
et d'une triple haine déguisée en amour grossier.
Et cette apocalypse ne me
fait pas peur, ne me rend ni jaloux ni me donne un quelconque sentiment de
vengeance.
Je me sens bien, sachant
maintenant qu'un million de personnes se sentent mal.
Je me sens libre, sachant
que ce même million veut rester enfermer chez eux, par peur de
l'autre.
Je me sens exister,
sachant qu'un million de personnes au moins me déteste parce que je suis
différent, et parce que j'aime la différence.
Alors non, je n'irai pas
voter, car plus ils seront nombreux, plus je me sentirai libre d'exister,
plus je me ferai un devoir de continuer à vivre, parce que vivre dans un
pays où un million de personnes chient dans leur froc, ça laisse du
champ libre à la liberté.
|