Cupidon, tes flèches font mal  
 

 

Il n'arrivait plus à aimer. Il aurait bien voulu pourtant. C'était le printemps et toutes les filles étaient en débardeurs. C'était le pied. Il se tapait donc régulièrement des montées d'hormones, des envies de viols dans un coin sombre lorsqu'il croisait une blonde, mais rien n'y faisait. En surface il les voulait toutes, mais au fond de lui, rien n'était attirant. Il ne savait plus aimer.

Tout était devenu objet. Objet architectural, homme objet, femme objet. Seuls les objets gardaient leur nom initial. Même les sentiments se matérialisaient dans son esprit. Ainsi, il calculait un bon coup en fonction de se que ça pouvait lui coûter, ou encore une relation en fonction des kilomètres le séparant de sa petite amie. Il avait perdu ce don, cette faculté de ressentir quelqu'un. D'ailleurs il ne ressentait plus rien, son corps se contentait de sentir tout court.

C'était depuis qu'il s'était fait larguer. Avant, les sentiments lui paraissaient tellement naturel qu'il n'y faisait pas attention. Il était amoureux, point. Tous les sentiments qui se rattachaient à l'amour, il n'y était pas attentif, tout simplement parce qu'il était amoureux. La jalousie, le bien être, les envies, les élans en avant, tout cela lui était devenu journalier, et donc lui passaient au dessus. Avant, il écrivait des poésies et des textes en pensant à l'élue de son cœur, pensant qu'elle l'était bel et bien. Maintenant, il n'écrivait plus. Ou alors contre elle, des choses si ignobles pour son esprit que les lettres n'étaient même pas envoyées, et si, par malheur, l'une d'elle s'échappait, il se recevait une grande claque dans la gueule en réponse, alors qu'il n'avait voulu envoyer que de l'amour.

Mais son cœur était sec. Son ventre était comme mangé par de l'acide nitrique, c'était un trou. Il buvait, il fumait, et son manque de rythme de sommeil se concrétisait par une perte intempestive de cheveux. Il ne se couchait plus qu'entre cinq et dix heure du matin, et pourtant il devait se lever à huit heure et finir sa journée comme tout le monde neuf heures plus tard, malgré les trente cinq heures requises. Les chiffres ne lui disaient de toute façon plus rien, son compte en banque était constamment à découvert. Chose logique puisqu'il n'émergeait que tard dans la soirée et faisait ses courses chez l'arabe du coin, avant d'aller se murger la gueule avec des potes dans un bistrot.

Un jour, un "copine" l'attendait chez lui. Il repartait d'un de ses zincs favoris et avait une bonne demie heure de retard. Ce soir là, il aurait du être bourré, mais il ne l'était qu'à moitié. Pas assez par rapport à la douzaine de poireaux qu'il avait laissé derrière lui en tout cas. Sur le chemin, il se demanda soudain, comment il était avant, lorsqu'il aimait quelqu'un, ce que c'était d'être vraiment amoureux. Fallait-il faire  ce qui était convenu, se faire bouffer et changer toute sa mentalité qu'il avait acquise à grand renforts de drogues diverses ? Ou fallait-il au contraire rester soi-même et continuer à aller au bistrot ? Il se demanda ce qui le faisait le plus chier de faire pour une nana, et décréta que c'était sa façon à lui de prouver son amour. Mais ces choses là auraient-elles plues à la nana en question ? Et si ces efforts ne servaient à rien, est-ce que cette nana était bien faite pour lui ?

Arrivé en haut de l'escalier, il trouva sa copine à moitié endormie sur les marches. Il s'excusa –chose inimaginable pour lui en quittant le bar- lui prit la main et l'emmena à grands renforts de mots doux vers ses vingt mètres carrés encore en chantier. Il alla prendre une douche, mais en revenant elle dormait, alors il se roula un joint et s'endormi.