Un petit rien d'hiver
 

 

J’aime porter les chemises d’homme. 

Je m’y sens bien. Trop grandes. 

J’aime quand elles sont à carreaux. Les grands carreaux, je préfère. Dans un tissu épais. Bien chaud. 

Une chemise d’homme, boutonnée jusqu’à l’entre-sein, laisser deviner ce léger creux délicat.

Qu ’elle arrive juste sous la courbe des fesses pour entrevoir leur ligne au moindre mouvement. 

Devant un feu de cheminée. Des tommettes. Des manches trop longues. Frissons nocturnes à la vue des flocons qui se posent. 

Je rêve. 

Au sommet de cette hauteur cotonneuse, pousse une Edelweiss. Elle boit la sève montagneuse. 

Un café fumant, qu’il me sert avec ce sourire tendre, me réchauffe les mains. 

Quelques bougies. 

Un baiser tendre et un je t’aime au creux des reins. 

Amaretto. 

J’aime les chemises d’homme. Sans leur chemise. 

J’aime porter une chemise d’homme, le soir. Elle réchauffe. 

Ample, le col remonté, les cheveux relevés. La peau satinée par le soleil d’hiver. Décoiffée, au petit matin, pas réveillée. 

Gauche. 

Lundi avec mardi. C’est samedi. 

Ma chemise d’homme et moi. 

Emir Kusturika and the no smoking orchestra hurle. 

Juste pour faire chier les voisins parce que j’aime pas les cons - ils le sont-.

Plus de flammes dans la cheminée. 

Il n’y a pas de voisin, j’suis pas dans une cage. 

Emir, c’est juste pour moi. 

Vivement ce soir que je revêtisse ma chemise à grands carreaux.